Confluences 7 : Frontières

24/04/2020

(Pour raisons techniques, la lecture de ce texte n'a pas pu être optimisée pour mobile, je vous invite donc à ne le lire que sur ordinateur ou tablette.)

je savais je ne savais que trop qu’il se trouvait qu’il y avait
des êtres en marche à l’intérieur du sol
prêts à ravaler le présent que nous leur avions dérobé
leurs testaments trahis recomposés
à la surface du sable à la surface du verre
il suffisait pour voir de croire de vouloir
il suffisait de chercher tu seras une maison tu abriteras les maux du monde

 

ou peut-être que la terre était plate et que
peut-être qu’ils vivaient sens dessus dessous comme nous
comme nous

 

ou peut-être à force de gratter tout finira
peut-être qu’il n’y avait pas de terre du tout que nous 
que nous n’étions qu’une expérience innommable
cobayes d’un architecte dépravé tout finira par s’effriter

 

il y avait tant de preuves informelles il suffisait de il suffit de gratter
de décortiquer l’intertexte
pour entrevoir que derrière chaque séisme
un mécanisme était dissimulé que
que derrière chaque soubresaut de l’actualité les immondices
se dessinait la volonté des maîtres les immondices accumulées jusqu’au six

 

je devinais que tout était crypté qu’entre deux symboles entre deux protocoles
on avait dissimulé le sens aux hommes de bonne volonté les initiés ce délice de baigneur
moïse envieux de colliers de nouilles et l’histoire, cet affront
sans cesse réécrite
en mosaïques en puzzles
en dents de scie

 

la nuit, je me segmentais dans les recoins du réel
j’affrontais mon navigateur avec une volonté de brute
explorateur en quête de continents perdus, de bâtisseurs et de géants
dérivant parfois mais toujours certain de mon cap
et le matin entre deux brumes
je me repliais dans les recoins humidité
et j’écoutais humilié
la pluie le beau temps le simulacre le leurre l’écho
je saluais mes collègues de bureau humilié
pantins putassiers de bfmtv
encertitudés à coups de marronniers les arriérés périront dans des flaques
convaincus que les choses
que les choses étaient ce qu’elles semblaient
convaincus que les choses étaient

 

on nous abreuvait de frontières floues de régressions d’insectes
ni bien ni mal et des récits-corail rire des enfants discrétion des esclaves
brodés par ceux qui sont tout, au prix d’amères victoires
mais pour ce soir
pour vraiment savoir
s’il faisait vraiment jour le jour
il fallait chercher
s’interroger
discerner le vraiment faux du faux

 

il y avait ces bruits blancs dans ma tête qui me qui te 
qui me séparaient du tapage ambiant les idées tombent en cascade et rira bien qui rira
j’étais une île une hydre et nous
une armée se constituait nous nous multipliions
voués à disséquer l’estomac du monstre
lanceurs d’affût tenaces
extincteurs de décadence demoiselles d’honneur de l’apocalypse

 

et nous jouirons lorsqu’il sera trop tard
nous ne serons pas sauvés mais nous jouirons
nous jouirons d’avoir su voir
vous ne verrez que nous nous nous
nous nous étalerons nous serons partout

 

 

Travail élaboré en collaboration avec Séverine Rouy (photographie), dans le contexte de notre projet Confluences.

 

Le site de Séverine Rouy
Le site de Confluences

 

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