« C’est l’histoire d’une société qui tombe… »


Je n’aime pas trop commenter l’actualité à chaud, mais en l’occurrence il s’agit ici d’un problème que je dénonce depuis longtemps. Je crois d’ailleurs que j’avais déjà abordé le sujet sur l’ancien blog il y a plus de dix ans, mais je ne retrouve pas l’article et, de toute façon, puisque rien n’a changé depuis, il ne me semble pas inutile de me répéter.


Les contrôles d’identité à répétition, le tutoiement, l’intimidation, l’humiliation, les menaces, les insultes et, à une reprise, les coups « justifiés » a posteriori par des accusations mensongères (j’ai eu la chance d’avoir des témoins et un bon avocat, qui m’ont tiré d’affaire), ce sont des choses que j’ai bien connues à la fin des années 90 et au début des années 2000. Mon tort ? Avoir eu 20 ans, les cheveux longs, des tresses violettes et un look de hippie. Je voyais littéralement la fréquence des contrôles fluctuer au gré de ma coiffure et de mes choix vestimentaires.


À 18 ans, je n’avais rien contre la police. À 25 ans, j’en avais peur, je changeais de trottoir quand je voyais venir une patrouille autant que quand j’apercevais un groupe de cailleras. Je ne me livrais pourtant à aucune activité criminelle, j’étais pourtant un petit blanc de bonne famille, et mon style babacool, tout excentrique qu’il ait parfois pu être, était plus efféminé qu’intimidant. Évidemment, il y a aussi eu des fois où ça s’est bien passé, où j’ai eu affaire à des agents sympathiques, du moins polis et respectueux, mais ça n’a pas été la majorité des cas, et rien ne justifiait de toute façon le contrôle en amont.


Passé un certain âge, une fois mes cheveux coupés et mes allures de hippie troquées contre un style de hipster un peu plus « classique », les contrôles se sont faits de plus en plus rares et de plus en plus polis, et puis j’ai eu 30 ans et on a cessé pour de bon de s’intéresser à moi. Ah si, juste une fois : pile quand je m’étais décoloré les cheveux en blond platine, dis donc, quelle coïncidence !


Si j’avais eu la peau mate, aurais-je dû la blanchir pour finalement avoir la paix, en plus de changer ma manière de me coiffer et de m’habiller ? Si j’avais eu la peau mate, aurai-je été « contrôlé » dix fois plus souvent, depuis beaucoup plus jeune et jusqu’à beaucoup plus vieux, et de façon plus humiliante encore ?


Il commence là, le « séparatisme des banlieues » avec lequel on nous bassine et contre lequel on serait censés lutter collectivement. Il commence là, le sentiment de ne pas appartenir à la République : avec une peur de la police et de l’État qu’elle représente, une peur qui finit par se transformer en colère, puis en haine. Il commence avec cette politique absurde des contrôles d’identité aléatoires, une pratique de dictature bananière, inexistante dans de nombreux pays, qui choque souvent les étrangers et qu’il est urgent d’abolir une fois pour toute. Une pratique aussi inutile que contre-productive, qui ne vise qu’à faire du chiffre avec des « crimes résolus » à coups de barrettes de shit, qui gaspille de manière éhontée du temps et des ressources financés par le contribuable, comme s’il n’y avait pas de vrais crimes à résoudre, ni de façons plus utiles d’occuper nos fonctionnaires de police.


Cette pratique, quoi qu’on en dise, ne peut se fonder que sur une discrimination au faciès ou, du moins, à l’apparence. Que le ministre de l’Intérieur qui le nie me présente les traders en costards-cravates et les banquières en tailleurs qui font l’objet de contrôles aléatoires en pleine rue. Il va les chercher longtemps ! Le séparatisme, il commence avec cette façon qu’ont tous nos gouvernements, les uns après les autres, de nier qu’on a un problème avec la police dans ce pays, une police de toute évidence mal formée, mal encadrée et souvent laissée à un sentiment d’impunité. Les Français n’ont pas une relation sereine avec les forces de l’ordre, et vice versa. Ce malaise n’a rien d’anodin ni de normal, il n’existe pas chez tous nos voisins européens. Ce malaise n’est pas une fatalité, c’est une volonté politique. Il ne tient qu’à nous d’exiger, collectivement et avec la plus grande fermeté, d’y remédier.

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